Aligre FM - Blog Info

Les radios libres au crible du numérique

mardi 3 juin 2008

Voir le site http://radiosenlutte.free.fr

Ce texte est un communiqué commun de radios en lutte - si vous êtes une radio associative non-commerciale ou un média du tiers-secteur et que vous souhaitez vous y associer, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Voir la page Archives pour écouter une émission sur la question.

Il y a plus de 25 ans, le mouvement des radios libres faisait tomber le monopole d’Etat sur la radiodiffusion et ouvrait la bande FM aux multiples expressions sociales, culturelles, politiques et musicales - aujourd’hui, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lance la radio numérique terrestre (RNT) dans des conditions qui mettent en péril les actrices et continuatrices de ce mouvement, les radios associatives non commerciales, dites de catégorie A. Le remplacement de la diffusion en FM par celle en numérique est présenté comme une évolution strictement technique, permettant de diffuser davantage de stations et d’associer au son des données supplémentaires (nom de l’émission et des invités, publicités, pochettes d’albums, météo...). Nous y voyons une mise en danger des radios associatives non commerciales, une volonté d’uniformisation du paysage radiophonique et la consécration d’une conception technocratique de l’audiovisuel. La « diversité » numérique s’annonce davantage comme la multiplication de programmes clonés que comme une ouverture aux alternatives, aux minorités et aux expérimentations.

Une logique de colonisation / La confusion et la précipitation dans lesquelles se fait cette transition jouent en faveur des industriels, des antennes commerciales et des grands réseaux de radios : principaux bénéficiaires de la radio numérique, qui leur permettra d’accroître leur maillage du territoire, ils sont aussi les seuls à disposer des compétences techniques et des outils financiers qu’elle impose. Une consultation publique organisée en octobre 2006 par le CSA mentionne de manière explicite les inquiétudes des associatives, sans que l’appel à candidatures numériques de 2008 en tienne aucunement compte. Ce dernier a été lancé de manière abrupte, sans concertation et sans que la spécificité des radios de catégorie A soit prise en considération : prioritaires sur le premier appel mais pas sur les suivants, on les contraint à demander une fréquence numérique sans leur donner les moyens de l’exploiter. Elles qui n’ont pas d’intérêt particulier à passer au numérique, étant donné qu’elles diffusent en local et ne seront pas nécessairement en mesure ni désireuses de développer les fameuses « données associées », risquent tout simplement de se retrouver sans aucune fréquence lorsque la bande FM sera éteinte. L’État, les réseaux et les industriels organisent et vantent la ruée vers le numérique, mais dans le même temps les fréquences associatives non commerciales sont averties, comme aux débuts de la FM, que les places seront rares : l’éviction d’un certain nombre d’entre elles se prépare ainsi, à un moment où dans leur ensemble les médias du tiers secteur, c’est-à-dire associatifs et non commerciaux, sont précarisés plutôt que soutenus.

Une logique de rentabilité / Les radios de catégorie A sont principalement subventionnées par le Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique (FSER), créé suite à la libération des ondes, et approvisionné par une taxe prélevée sur les revenus publicitaires de l’audiovisuel commercial et public. La fin de la publicité annoncée sur les médias de service public risque d’entraîner dès 2009 une baisse de 30 % des fonds du FSER, donc une coupe proportionnelle des subventions qu’il reverse aux antennes non commerciales. Le passage au numérique, censé se faire au même moment, représente un coût considérable pour les radios : investissement en matériel, formation à la nouvelle technologie, et double diffusion (sur la bande FM et sur la bande numérique) à assurer pendant plusieurs années. Or à ce jour, non seulement aucune compensation du FSER n’est décidée pour qu’il puisse maintenir ses subventions, mais aucun financement spécifique n’est effectif pour le passage au numérique - et ce dans un contexte de baisse généralisée des aides publiques, qui affecte l’ensemble du secteur associatif. Lors de la consultation publique du CSA, proposition a été faite d’adopter le must-carry : en vigueur notamment aux Etats-Unis, il oblige les diffuseurs à héberger gratuitement les antennes locales sans but lucratif - la suggestion n’a pas été retenue. La réalité des radios sans publicité ni profit est tout simplement ignorée dans ce passage au numérique - il en va d’elles comme, par exemple, des minimas sociaux, de certaines prises en charge médicales, ou de la recherche fondamentale : ce qui n’est pas rentable pourrait aussi bien disparaître.

Une logique de contrainte / Actuellement, chaque radio choisit son diffuseur ou bien s’auto-diffuse, et émet ainsi sur la fréquence qui lui a été attribuée par le CSA. Avec le passage au numérique, les radios devront nécessairement passer par un nouveau prestataire technique appelé « multiplexeur », chargé de coordonner la diffusion de neuf programmes sur une même fréquence. Le multiplexage signe donc la fin de l’autodiffusion, et inaugure une double obligation : celle de transiter par un prestataire, et celle de se pacser avec huit autres radios pour être diffusées. Les tarifs des multiplexeurs seront fonction de la qualité d’écoute et de la nature des « données associées » - il existe donc un risque certain que ces prestataires privés jouent un rôle dans l’attribution des places des radios (ce qui était en FM du ressort du seul CSA).

Une logique de verrouillage / Une norme unique de diffusion, nommée T-DMB (Terrestrial Digital Multimedia Broadcasting), a été imposée : il ne s’agit pas d’une norme audio mais vidéo, dont les tests en radio n’ont pas été convaincants, et elle est propriétaire, c’est-à-dire fermée. Elle a été conçue par des industriels sud-coréens pour la Télévision Numérique Coréenne. En 5 ans, seuls 20% de la population du pays se sont équipés. Étonnamment, la France est le seul pays en Europe à avoir choisi cette norme, nos voisins européens ayant opté pour le DAB ou le DRM (norme non propriétaire). Ce choix a été poussé par les antennes commerciales et les réseaux de radios, qui voient dans les « données associées » l’opportunité d’un nouveau support publicitaire et spectaculaire. Comme précédemment en matière de logiciels ou d’échanges de données, le numérique est employé pour verrouiller des accès alors qu’il aurait été l’occasion d’une plus grande ouverture.

Une logique de consommation / Les récepteurs numériques coûtent actuellement 6 fois plus cher qu’un transistor classique - leur prix va certainement baisser au fil des années, il n’en reste pas moins que de nombreuses personnes n’auront ni les moyens financiers ni l’aisance technique pour accéder à cette technologie. Un certain nombre de radios restées libres ont fait le choix, social, politique, culturel, de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : les quartiers populaires, les non-professionnel-le-s, les non-spécialistes, les communautés immigrées, le mouvement social, les actrices et acteurs des luttes, les initiatives culturelles non commerciales... Alors que l’accès à internet reste encore très inégal, la radio numérique risque fort d’accroître le fossé en terme d’accès à l’expression, à l’information et aux nouvelles technologies. La radio, qui est en FM un média simple d’accès et quasiment gratuit, deviendrait un outil technologique discriminant.

Mais nous sommes illogiques, et nous durerons longtemps / Que les radios de catégorie A souhaitent ou non répondre à l’appel à candidatures sur la RNT, elles sont de toutes façons piégées puisqu’elles n’ont en l’état aucun moyen d’émettre en numérique. Par conséquent, nous demandons : que la bande FM soit maintenue sur le long terme ; que le passage au numérique n’occasionne aucune suppression de radio associative non commerciale ; que soit réservée sur la bande numérique une part pour les radios de catégorie A au moins égale à celle de la bande FM ; qu’une procédure de déclaration d’intérêt soit mise en place immédiatement pour les radios de catégorie A émettant actuellement en bande FM, leur garantissant une priorité sur l’ensemble des appels à candidatures (et non seulement le premier), qu’elles puissent effectuer la transition vers le numérique quand elles le souhaiteront ; un doublement de l’approvisionnement du FSER, ainsi que la création d’un FSER-bis pour la RNT qui comprendra une subvention quinquennale d’équipement et une, annuelle, de fonctionnement.

Passage à la diffusion numérique : un enjeu pour les radios libres

En 2008, doit être lancée la Radio Numérique Terrestre qui à terme est censée remplacer la bande FM (analogique). L’auditeur disposera du choix parmi un nombre beaucoup plus important de radios sans avoir à se préoccuper de changer de fréquence, et pourra également accéder à des informations associées (par exemple le titre de l’émission). Au moment où l’Etat consulte les acteurs du monde de la radio sur ce sujet, les appétits des projets commerciaux poussent à un calendrier précipité, et les radios associatives tentent de faire entendre leur voix dans une discussion très technique, malgré leur faible poids économique.

L’enjeu sera en effet immédiat pour les radios associatives déjà existantes afin de survivre au passage forcé vers la diffusion exclusivement en numérique.

- D’une part, les radios auront l’obligation de négocier avec un nouveau prestataire technique (multiplexeur), chargé de mixer les 10 à 20 programmes diffusés sur une même fréquence. Or il y a un risque à ce que ces prestataires privés jouent un rôle dans l’attribution des places des radios (ce qui était en FM du ressort du seul CSA), d’autant plus que les tarifs, décidés par le multiplexeur, seront en fonction de la qualité d’écoute et de la nature des données associées.

- D’autre part, le surcoût entraîné par la double-diffusion sur plusieurs années (entre le début de la radio numérique et la disparition de la bande FM) sera pour nombre de radios associatives difficilement surmontable. Il apparaît comme une exigence qu’un dispositif financier pour aider à la numérisation des radios associatives (qui devra couvrir la totalité de ce surcoût, mais aussi les frais liés à la liaison vers le multiplexeur) soit mis en place dès le départ.

A côté des radios publiques (financées par l’Etat) et des radios commerciales (vivant de la publicité), il importe que soit garantie pour toutes les radios associatives existantes la possibilité d’être diffusées en numérique, puisque les pouvoirs publics les ont reconnues comme essentielles à l’information de terrain, à la diversité des contenus.

- Distribuez le flyer sur le numérique

- Et voyez également le communiqué publié en février 2007 par la Férarock, fédération des radios associatives rock : "Les enjeux du numérique pour les radios associatives".

Appel de 2006 sur le financement des associatives

Appel à la création d’un Collectif national

contre les tentatives de marginalisation des radios associatives par les pouvoirs publics, pour la défense de la liberté d’expression

Nos 600 radios associatives sont, depuis de nombreuses années, un acteur essentiel de la démocratie et du dialogue social. Mais, alors que nous allons bientôt célébrer le 100ème anniversaire de l’apparition de la radio en France, ainsi que le 25ème anniversaire de la légalisation des stations locales non commerciales, les pouvoirs publics s’apprêtent, en toute discrétion, à porter un coup qui menace d’être fatal à nombre d’entre elles.

Il y a quinze jours, le ministre de la Culture et de la Communication, par l’entremise de ses services (Direction des médias), proposait la création, tout simplement liberticide, d’une aide financière sélective accordée sur projet éditorial, pour partie en lieu et place de l’actuelle subvention de fonctionnement distribuée chaque année aux radios associatives.

Et, le 1er mars, c’était au tour de la commission des finances du Sénat, sur proposition de Claude Belot (UMP-Charente-Maritime), rapporteur spécial pour les crédits aux médias, de lui prêter son concours, en approuvant le projet ministériel et en suggérant de diriger les stations non commerciales vers davantage de publicité !

Une assignation à résidence

Les radios non commerciales sont financées, pour une large part, et depuis 1986, par un Fonds de soutien à l’expression radiophonique, selon un processus d’attribution essentiellement automatique, à l’instar de ce qui existe pour les aides à la presse écrite. Le projet de décret fixant le fonctionnement du nouveau FSER revenait à conditionner l’octroi d’une partie substantielle de la subvention annuelle à l’acceptation préalable, par les pouvoirs publics, de projets éditoriaux présentés par les radios associatives. Etant donné le délai très court pour le dépôt des dossiers de demande de subvention 2006, au plus tard le 29 avril prochain, ce nouveau décret devrait être appliqué en 2007. Ce nouveau mode de subventionnement allait donc ouvrir la porte à l’arbitraire. En effet, nul critère d’attribution n’était défini dans le texte ministériel. En outre, il est probable que beaucoup moins de radios seraient susceptibles de bénéficier du FSER, du fait des divers interdits imposés par le projet de décret. Il y avait là une atteinte manifeste à la liberté éditoriale et, plus largement, à la liberté d’expression, principe inaliénable de toute démocratie digne de ce nom. Drôle de conception du « soutien à l’expression radiophonique »... De la même façon, le projet de décret entendait diminuer le niveau du subventionnement. En outre, le ministère s’accordait la capacité/le droit d’exercer un contrôle au sein même des radios associatives, par l’envoi d’experts mandatés par ses soins, afin de vérifier la bonne réalisation des projets éditoriaux préalablement validés, avec la possibilité de réclamer le remboursement des sommes allouées ! Enfin, l’administration centrale se voyait accorder un délai maximal de dix mois pour traiter les demandes, son silence, à ce terme, valant refus ! Evolution singulière de la pratique administrative... En bref, avec un tel texte, le ministère de la Communication donnait à penser qu’il entendait « assigner à résidence » un média libre (depuis la fin des années 70), exerçant une mission d’intérêt général. Il est d’ailleurs significatif que ce projet de décret ne faisait même pas référence à l’article de la loi sur la liberté de communication, qui reconnaît l’accomplissement, par nos radios, d’une « mission de communication sociale de proximité ».

Face aux premières protestations des représentants des radios non commerciales, ce projet de décret vient d’être remis en chantier. Mais les représentants des stations concernées ne sont toujours pas associés, de manière officielle et effective, à l’élaboration d’une nouvelle mouture. De plus, il apparaît essentiel que le CSA puisse, dans un avis circonstancié, se prononcer publiquement sur ce nouveau texte.

L’arme fatale de la publicité

La menace vient de ressurgir du côté de la commission du Sénat, qui demande :

- que « les subventions devraient être orientées vers des aides à projets » : c’est la stricte reprise du premier texte ministériel concernant le projet de décret ;

- qu’« il conviendrait de mieux mesurer l’audience des radios locales associatives, conformément à l’esprit de la Loi organique sur les lois de finances » : nos parlementaires semblent ignorer que nos radios s’adressent, en bonne partie, à des auditeurs engagés dans la vie civile, sur les plans social, culturel, éducatif, et/ou économique ; le critère d’audience pure n’a donc pas de véritable sens. En tout état de cause, quels que soient nos projets éditoriaux, nous n’entendons pas vendre à quiconque des parts de cerveaux disponibles... ;

- que « le plafond de 20 % de ressources publicitaires pour bénéficier des aides pourrait être rehaussé, afin d’encourager la diversification des ressources des radios locales » : ce sont les médias commerciaux, qui alimentent le FSER par le versement d’une taxe (nous ne prenons rien dans la poche de l’Etat et, donc, des contribuables), qui vont être contents !!!

Appel à un front uni

C’est la première fois que l’Etat tente ainsi de s’immiscer dans le contenu éditorial des radios libres. Il s’agit là d’une intolérable dérive qui, si nous la laissions passer, ferait partie de toute une série de mesures liberticides, tant vis-à-vis des radios associatives que de la presse en général, ainsi que des associations et du secteur culturel dans son ensemble. Ces tentatives interviennent, en outre, dans un contexte de forte morosité. De lourdes incertitudes pèsent, depuis 2004, sur le financement des radios associatives (retards jusqu’à plus de six mois dans le versement de la subvention nationale de fonctionnement ; disparition de plusieurs aides à l’emploi). Elles affectent leur vie quotidienne et menacent leur avenir. Certaines stations révisent leurs projets à la baisse et réduisent leur personnel, au détriment de la « défense et illustration » des initiatives locales des acteurs sociaux, culturels et économiques. Et au grand désarroi des collectivités locales, pleinement convaincues de l’immense apport de ces opérateurs associatifs.

C’est donc à la mobilisation générale et à la constitution d’un vaste front uni que nous appelons aujourd’hui. Ce Collectif national se doit de regrouper l’ensemble des organisations radiophoniques associatives, nationales et régionales, ainsi que toutes les forces vives : élus, médias, associations, syndicats, partis politiques, artistes, acteurs culturels, sociaux et auditeurs de nos stations,

Pour que vivent nos radios libres, sans lesquelles l’expression citoyenne serait, en bonne part, muette !

Signataires :

- FRAdIF/Fédération des radios associatives d’Ile-de-France : Aligre FM, Vivre FM, RGB, Radio Campus Paris, Fréquence Paris Plurielle, Radio Triangle, Radio Trousseau, Alternatives FM, RDC, IDFM, Radio Soleil, EvryOne, Handi FM, RVE, Marmite FM - Vallée FM - Radio Libertaire - Radio Mamgembo - Radio Latitude - Radio Air libre - Fréquences libres - Radio CBE - Radio Pulsar - Plato Radio - Tv Bruits Toulouse - Radio Mega - Radio Vexin Val de Seine - Férarock - Oxygène FM - Radio Déclic - Corali - Radio PCV - Radio Campus Rouen - Radio en construction - Le festival Longueur d’ondes - Le festival Les vieilles charrues - Canal B - Radio Val de Reins - Radio Clapas - Radio Béton - Tonic FM - Radio Panik - Radio Les mots s’envolent - Radio Sing Sing - Radio Fajet - Radio Caraïbes - Radio Graf’hit - Radio 666 - Radio RDM - Radio Arverne - Radio Aria - RAS Radio Aube et Seine - RAFM Radio Activités - Radio Trait d’union - Plum FM - Radio Pays - Radio Puisaleine - Radio Primitive - Cocktail FM - M Radio (Radio Méduse) - Le groupement Les Radios associatives en Limousin (Beaub’FM, RTF Limoges, RMJ, Kaolin FM, Radio Vassivière, Radio PAC, Canal Bleu, Bréniges fm) - Radio Visages - Radio Fréquence Caraïbe - Radio Campus3 - SNRT-CGT de Radio France - Radio Campus Tours - Radio Graffiti

Vous aussi, signez notre Appel, disponible sous forme de pétition, sur le site radiosendanger.free.fr/

Si vous souhaitez vous associer à cet appel, contacteznous  : radiosenlutte@free.fr

01 40 05 06 01 (Fréquence Paris Plurielle), 04 78 29 26 00 (Radio Canut)

http://radiosenlutte.free.fr


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